Gestionnaire de biens

Ainsi s’achèvent ces chroniques d’un achat immobilier en banlieue parisienne, avec un dernier portrait qui résume bien le climat délétère que j’ai ressenti tout au long de cette recherche d’appartement. L’agent immobilier, le banquier et la gestionnaire de biens sont des personnages réels et les situations décrites ont malheureusement eu lieu. Je n’ai rien inventé, mais j’ai pris le pire, parce que le pire n’est pas si anecdotique.

Évidemment j’ai aussi rencontré des agents immobiliers qui faisaient tout simplement leur métier et ne me harcelaient pas pour me convaincre d’acheter.

Il y a eu un banquier, qui nous a accueillis à bras ouverts même si nos revenus n’étaient pas mirobolants, et qui nous a permis de concrétiser notre projet.

Quant aux gestionnaires de biens, nous n’en avons testée qu’une seule, qui nous a convaincus (bien malgré elle) de gérer nous-mêmes la sélection de nos futurs locataires, sans discrimination.

Le racisme était toujours prégnant. Chez certains agents immobiliers qui parlaient avec mépris aux personnes de couleurs de condition modeste qui cherchaient un logement.
Chez les particuliers mettant en vente leurs biens, qui ne répondaient pas à mes mails, sans doute parce que je n’avais pas un nom très français, mais par contre répondaient directement aux mails de ma belle-sœur au nom bien comme il faut.
Et puis la goutte de trop, cette entrevue avec la gestionnaire qui m’a proposé tout naturellement de rejeter les dossiers des Arabes, Noirs et homosexuels.
Comme si j’étais au resto. Et pour madame, ce sera ? Quelle sauce ? Supplément frites ? Pas de sel, je note. Je ne saurais que trop vous conseiller l’option sans Arabe, sans Noir et sans homosexuel. Madame m’en dira des nouvelles !

Épilogue : Depuis un an, un jeune couple démarrant dans la vie active, loue notre appartement. Sans garants, sans salaires mirobolants, sans pédigrée 100% origine française. Ils avaient l’air honnêtes et sympas, et on leur a fait confiance.

Et jusqu’ici, tout va bien !

Après l’agent immobilier, un petit tour chez le banquier pour obtenir un crédit immobilier. 2ème portrait de ces chroniques qui retracent l’achat d’un appartement en banlieue parisienne.

Le banquier

L'agent immobilier
Vous avez peut-être croisé mon agent immobilier. Nous l’appellerons Bob, pour préserver son anonymat. C’est quelqu’un qui a l’air charmant, souriant, toujours prêt à donner des conseils. Il y a des personnes comme ça qui vous apportent un nouvel éclairage sur le monde, une meilleure compréhension de notre société. Des personnes qui vous donnent si peu foi en l’humanité…
Évidemment Bob ne représente pas toute sa profession, heureusement. Il est juste un produit sans état d’âme du marché immobilier dans un contexte économique et social tendu.

La suite, ici !

Remise en forme

 

J’étais presque une athlète accomplie. J’avais tout pratiqué, du judo à l’escrime, de la zumba au ninjutsu. J’avais testé chaque discipline, intensément, pendant 2 semaines au moins. Certes, je n’ai jamais été très tenace, mais c’est pas grave c’est l’intention qui compte, non ? En tout cas cette fois j’étais vraiment motivée, je repartais sur les chapeaux de roues, j’allais m’accrocher et tout déchirer -à commencer par mon jogging qui a eu du mal à s’adapter à ma nouvelle morphologie d’après grossesse…

Puis il y a eu la kiné qui m’a suivie après mon accouchement. La nuit dans mes cauchemars, elle devenait un croque-mitaine et je la revoyais me raconter d’horribles histoires d’incontinence et de descentes d’organes.

– Vous savez que beaucoup de femmes souffrent de descentes d’organes ! C’est parce qu’elles n’ont pas fait sérieusement leur rééducation du périnée. Me répétait-elle, comme pour me torturer.

Les descentes d’organes, je n’en avais jamais entendu parler, mais ça pouvait très bien m’arriver et je m’imaginais parfois avec des invités, obligée de quitter la table précipitamment : « Excusez-moi, je reviens, je dois juste remettre ma vessie en place ! »

Alors, j’essayais de me rassurer.
– Mais dites-moi docteur, les descentes d’organes ça ne doit pas arriver si souvent ?
– Non, pour les jeunes femmes c’est assez rare.
J’ai poussé un soupir de soulagement.
Mais elle a continué : « Par contre, à partir de 40 ans, à l’approche de la ménopause… »

J’ai failli m’étrangler, moi toute jeune quarantenaire, avec à peine quelques cheveux blancs…

« … A partir de 40 ans, les femmes font n’importe quoi. Elles veulent absolument se remettre au sport. Elles courent, elles sautent dans tous les sens. Et hop descente d’organes ! Le sport dans ces conditions, c’est très mauvais, vous savez. »

Je suis rentrée chez moi au ralenti. J’avais mon cours de gym tonique. Oui ben finalement, c’est pas par manque de motivation, mais je suis aussi bien dans mon canapé. Chaque organe merveilleusement à sa place.
Non, franchement, le sport c’est trop dangereux pour la santé.

Femmes à poilsC’est l’histoire d’une femme qui ne voulait pas accoucher ce jour-là, parce qu’elle n’avait pas eu le temps de s’épiler. Il fallait qu’elle rentre chez elle malgré les contractions rapprochées, obsédée par la honte de son entrejambe broussailleux.
C’est l’histoire d’un type qui drague une jeune fille puis se détourne d’elle, horrifié, quand dans un mouvement d’épaule elle lui dévoile une aisselle velue.
C’est l’histoire d’une célébrité qui se fait insulter parce qu’elle a eu l’indécence de ne pas se raser sous les bras.
C’est l’histoire d’une société que le poil dégoûte, qui lui voue une haine irraisonnée.
C’est mon histoire, parce qu’à vrai dire, moi aussi j’ai été bien formatée. Je m’épile, encore et encore. Il le faut. Quand je dis « il le faut », ce n’est pas tout à fait exact. Bien sûr j’ai le choix. Le choix de sortir dans la rue avec des jambes poilues par exemple. Le choix de me faire critiquer ou insulter. De sentir la désapprobation générale.
Mes amis les plus francs me diraient : on trouve que tu te laisses aller, tu te négliges…
Parce qu’un poil, c’est synonyme de saleté.

Alors je continue à m’épiler. Et quand ma petite me voit et qu’elle me demande ce que je fais, je lui réponds : j’arrache mes poils, ma chérie.
Mais pourquoi ?
Et là, je suis bien embarrassée, je ne sais pas quoi répondre, consciente que je lui transmets à mon tour cette aversion des poils, dans un cycle sans fin où on se condamne nous-mêmes à se raser à perpétuité.