En voiture, Simone !

J’ai un peu la trouille en voiture. Je suis du genre à adresser une petite prière au saint patron de la sécurité routière avant chaque trajet, ou à m’agripper à la portière quand on roule trop vite – soit dès qu’on dépasse la vitesse d’un bus à l’arrêt -.
Mais je n’ai pas toujours été comme ça.

Peut-être que tout a commencé cette fameuse nuit où un pote m’a raccompagnée d’une soirée. Il s’éclatait bien, moi j’étais beaucoup moins à l’aise. Après m’être fait aborder pour la dixième fois par un type qui me proposait de la drogue, j’ai chopé mon ami :

Écoute Paulo, je sais que tu voulais me faire découvrir la techno et les raves parties dans des endroits bucoliques et improvisés, comme cette forêt lugubre où on se gèle les miches ; je sais que t’avais envie de me changer les idées, de me faire rencontrer des gens sûrement intéressants – à jeun -… Et tout ça partait d’un bon sentiment, c’est sûr. Mais il est 4h du mat, on est à 70km de Paris, je n’ai pas vu de bouche de métro à l’orée du bois, alors est-ce que tu pourrais me raccompagner chez moi, maintenant.

Mon pote a ronchonné. On s’est installé dans la voiture et je me suis endormie comme une masse. En me déposant devant ma porte, Paulo riait bizarrement : « C’était marrant l’autoroute, ça tanguait de partout et les panneaux se dédoublaient ! Et puis c’était quoi ces zèbres devant nous ? »

Il avait pris de l’ecsta, et moi j’étais tellement crevée que je n’avais rien remarqué. Mais depuis cette nuit-là,  je n’ai plus jamais dormi en voiture.

Ensuite il y a eu nos vacances au Liban où nous circulions en corbillard. Le corbillard c’était la Cadillac de mon père. Elle était magnifique, elle en jetait carrément, superbe carrosserie, immense à l’intérieur, toute molletonnée et incroyablement confortable.
Bon, elle n’avait pas de frein. Mais il suffisait de n’emprunter que des routes sans pente ! Risquer sa vie à chaque carrefour, ce n’est pas si grave quand on a la classe…

Ma mère, elle, n’aimait pas trop conduire et ça se sentait. Elle avait une anxiété communicative. Elle me disait toujours : « Passe ton permis pour être indépendante ! » Mais à la voir stresser au volant, conduire n’avait pas l’air d’être la chose la plus fun de l’univers.

J’ai passé mon permis, mais comme je n’avais pas de voiture, je n’ai pas conduit pendant 10 ans. Et quand on en a acheté une, c’était trop tard, je m’étais fait rattraper par toutes mes angoisses.

Alors quand mon mari me répète inlassablement : mais pourquoi tu ne conduis pas ?

Je lui réponds : Ben parce qu’il y a eu Paulo et tous ces cinglés qui conduisent n’importe comment, trop vite, trop mal, dangereusement. Tu te rappelles de ce camion qui voulait nous envoyer dans le fossé parce qu’on essayait juste de le doubler ? La route c’est la jungle et moi je ne crois pas avoir assez de réflexes pour y survivre.  J’ai la trouille, voilà. C’est irrationnel. Ça se transmet de génération en génération !

Je pense alors à ma fille. J’ai pas envie qu’elle soit comme moi. Comme ma mère avant moi, je lui dirai plus tard : passe ton permis pour être indépendante ! Et surtout n’aie pas peur !

Je ferai un super modèle, tiens ! Oh et puis c’est bon, il faut que ça change, j’en ai marre d’être toujours à la place du mort, j’en ai marre de m’imaginer le pire et d’être pétrifiée à l’idée d’une catastrophe.

Je suis dans le jardin. J’ouvre la portière de la voiture et pour la première fois  je m’assieds derrière le volant, juste pour me rappeler comment ça marche.
Les enfants sont près de moi. Mon petit bonhomme me dit :
– C’est la voiture de Papa !
– Mais non ce n’est pas la voiture de Papa. C’est la voiture familiale.

La voiture de papa… et puis quoi encore, l’aspirateur de maman peut-être ? On fonce dans le mur des idées préconçues et sexistes, là.

– Mais Maman, tu sais conduire ? Me demande ma fille.
– Oui, je sais. Enfin, j’ai su.
– Super !

Juste pour voir, j’appuie sur la pédale d’accélérateur… ou de frein… ou peut-être est-ce l’embrayage.
– On part en balade, Maman ?
– Bientôt ma chérie, bientôt… il faut juste que je me remette en route.

Cours de conduite

13 commentaires sur “En voiture, Simone !

  1. Jean-Marc A.
    16 juin 2016 à 14 h 51 min

    qu’est ce qu’il ne faut pas entendre !!

  2. Cochon
    16 juin 2016 à 14 h 53 min

    Hahaha ! Mais elle était belle !

  3. KosmoZ
    16 juin 2016 à 18 h 38 min

    Tu prétends qu’il y avait des zèbres sur l’autoroute, moi je pense que c’était plutôt des cochons. :)

  4. Cochon
    16 juin 2016 à 19 h 04 min

    C’est Paulo qui voyait des zèbres, mais effectivement si j’avais moi aussi pris de l’ecsta, j’aurais certainement vu des cochons ! ;)
    (ou j’aurais dégueulé toute la soirée…)

  5. LesEclatsDeClaire
    17 juin 2016 à 10 h 05 min

    Je découvre ton blog à travers la sélection d’Hellocoton. J’ai eu un parcours un peu similaire à toi. J’ai repris tout doucement après 10 ans d’études et de voyage en train (c’est mieux pour dormir ou bosser), j’ai repris dans la campagne près de chez mes parents et ça se passait bien mais habitant en centre ville, j’étais vraiment pas rassurée de me lancer dans cette jungle là. J’me suis dit soit je prends rdv chez le psy pour lui parler de ma non-confiance en moi au volant pendant 1 an, soit je me donne un coup de pied au cul et j’affronte direct ma trouille : j’ai repris des cours à l’auto-école. J’avais un peu honte de débarquer chez l’auto-école en avouant que j’avais déjà mon permis mais si c’était à refaire, je le referais. Une leçon a suffi pour me remettre le pied à l’étrier. Il a corrigé deux petites erreurs que je faisais par mauvais habitude ou oubli et ça a suffi à me redonner confiance.
    bref, bon courage !!

  6. Cochon
    17 juin 2016 à 10 h 19 min

    Super s’il n’a suffit que d’une leçon pour te redonner confiance ! :)
    Moi j’ai prévenu mon moniteur, il faut tout reprendre à zéro. Et effectivement j’avais bien besoin de revoir les bases, qu’on ne m’avait d’ailleurs jamais bien expliquées. Ma première auto-école à Paris nous imposait 2 premières heures de conduite virtuelle sur une machine. Après ça on était censé savoir changer les vitesses, bien suivre une trajectoire, mais personne ne corrigeait nos erreurs. C’était juste une grosse arnaque. Le moniteur que j’ai eu ensuite n’en avait rien à faire. En fait, dans ces conditions c’est vraiment un miracle si j’ai eu mon permis. Là je prendrai autant d’heures de cours qu’il le faut (et autant que mon compte en banque le permet :) ), mais je veux vraiment me sentir à l’aise au volant.

  7. WAGNER
    17 juin 2016 à 12 h 58 min

    Bonjour, je suis comme toi terrifiée à l’idée de monter dans une voiture, après un accident il y a plus de 28 ans. Avant j’avais confiance uniquement dans les taxis et maintenant même avec eux j’ai la trouille. Alors je me suis dit que tous mes enfants passeraient leur permis de conduire, j’ai offert à ma fille, pour ses 18 ans le permis, après 3 mois, le gérant s’est barré avec la caisse ! Du coup, elle a 22 ans et toujours pas de permis. C’est dommage, je ne veux pas qu’elle termine comme moi, il faut qu’elle le passe afin d’être indépendante et les trois autres aussi, je mets des sous de côté pour les aider mais c’est tellement cher. Je te félicite d’avoir le courage de t’y remettre. Bravo.

  8. Stéphanie
    17 juin 2016 à 14 h 53 min

    Moi aussi il m’arrive d’avoir peur en voiture mais jamais quand je conduit moi-même. Bien sur il y a les autres usagers qui sont souvent très dangereux mais au moins ta voiture c’est toi que la gère et si tu as pas envie de dépasser les 30km/h ben tu le fais.
    Vas-y lance toi et puis surtout ne t’intquiète pas des autres. C’est toi le boss :D

  9. Fanny Family
    18 juin 2016 à 7 h 53 min

    Super sympa ce témoignage. :-)

  10. Lili et ses filles
    18 juin 2016 à 20 h 19 min

    Punaise, on dirait moi, mais je n’ai toujours pas trouvé le déclic suffisant pour me faire franchir la porte d’une auto-école. Je meurs de trouille et de honte, pourtant dieu sait que ma vie serait bien plus simple si je conduisais à nouveau ….

  11. Cochon
    19 juin 2016 à 10 h 26 min

    Merci à toutes pour vos encouragements et vos témoignages !
    Bien égoïstement, je suis un peu rassurée de ne pas être la seule à avoir peur en voiture ;)
    Mais on peut s’en sortir ! Progressivement, avec un peu d’entraînement, on reprendra confiance ! On ne sera peut-être pas aussi à l’aise qu’Alain Prost (excusez mes références qui datent un peu), mais on se débrouillera assez pour conduire sur des petits trajets quotidiens :)
    Cochon (nouvellement coach en conduite)

  12. Le Grain de Ghexia
    19 juin 2016 à 19 h 11 min

    Je n’ai pas encore le permis et franchement, moi aussi ça me fait peur, je vois tous ces tarés sur les routes et ça me donne de moins en moins envie de le passer… Mais bon, faudra bien un jour, les transports en commun c’est bien, mais quand tu veux aller plus loin que dans la ville d’à côté ça devient vite une perte de temps…
    En tout cas je compatis à ta peur et à tes angoisses !

  13. Cochon
    20 juin 2016 à 9 h 08 min

    Merci Ghexia ! Tu verras, quand tu commenceras les cours de conduite, tu auras beaucoup moins peur (j’essaye de me convaincre en même temps :-D).
    C’est d’abord une question d’entraînement, ensuite il faut rester toujours vigilant(e) et normalement il ne devrait pas y avoir de problème (même si on ne peut jamais prévoir : les camions fous, les mecs bourrés, les suicidaires, les sangliers, les chutes d’arbres, les éboulements, les plaques de verglas au bord d’un précipice, les…. AAAAAAHHHH ça y est, je stresse !)
    ;)

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