Il y a toujours une fille plus grosse que les autres dans un groupe. Et c’est souvent moi. Mais c’est pas grave, je me suis fait une raison. J’endosse mon rôle de boudin, en me disant que quelque part j’apporte du bonheur à mes amies. Elles paraissent encore plus minces et belles à côté de moi.

Ainsi parlait ma belle-sœur.
Ma jolie belle-sœur, avec son teint diaphane, ses grands yeux sombres, sa chevelure rousse et ses belles rondeurs. Vous voyez “La naissance de Vénus” de Boticelli ? Et bien c’est elle. Mais une Vénus contemporaine, formatée par les canons de beauté de notre société, obsédée par sa cellulite et continuellement mal dans sa peau. Et il n’y a aucun moyen de la raisonner. Elle tourne en boucle comme si un virus s’était introduit dans le système.

– Je n’aurais pas dû accepter d’aller à la piscine avec mes copines. C’est immonde, je déborde de partout dans mon maillot de bain.

– Mais non, ai-je répété pour la millième fois. Tu es très bien comme ça, arrête de te pourrir la vie ! De toute façon, tu ne seras jamais satisfaite de ton apparence, tout simplement parce que l’image que tu as de toi est complètement déformée. Et tu pourras suivre n’importe quel régime, tu ne te sentiras jamais assez mince.

– Peut-être… me répondit-elle. Je vais essayer de ne plus y penser. Et toi, ça te dirait d’aller avec nous à la piscine ?
– Oh non, moi je suis beaucoup trop grosse…

2016_02_09_complexe

C’est bon, la voie est libre ? Aucun attentat, aucun artiste emblématique n’est mort aujourd’hui ? Je peux vous souhaiter une bonne année sans que mes vœux soient dégommés dans l’heure par une nouvelle dramatique ?

Même si ce mois de janvier prend des airs de rubrique nécrologique, on ne va pas se laisser abattre pour autant, n’est-ce pas… Je vous souhaite à tous une bonne année 2016. Prenez soin de vous et à très bientôt !

Pisse & Love

“Tu veux être la reine de la soirée ? Maîtriser le small talk ou l’art de la conversation légère pour rencontrer de nouvelles personnes ? Alors lis cet article !” Me propose un ami, qui m’a invitée à son anniversaire le soir-même, avec une trentaine de personnes que je ne connais pas.

Faut dire ce qui est, je suis aussi à l’aise avec des inconnus, qu’un canard en talons aiguilles. Mais l’article sur le small talk m’a donné les clés pour engager une conversation facilement.

1er conseil, ne pas poser de questions dont la réponse peut être une monosyllabe. Par exemple, la question “ça va ?” est à proscrire.
Ça va ? Oui. Fin de la conversation.
A l’inverse, ne pas procéder à un interrogatoire qui ferait fuir l’interlocuteur.

Des règles assez simples et en fait plutôt évidentes pour se sentir à l’aise en soirée.

21h. j’arrive sur les lieux avec mon mari et mon frère. Au pire, si nos tentatives de communication avec le monde extérieur échouent, nous pourrons passer la soirée à 3.

21h10. J’alpague quelqu’un. La force de l’easy talk est en moi.
– Salut, tu t’appelles Bruce, c’est ça ?
– Oui, mais on se connaît ?
– Toi tu ne me connais pas , mais moi je t’ai vu sur Facebook. Comme j’aime bien tes commentaires, j’ai cliqué sur ton profil. Tu viens de déménager, c’est ça ? J’adore la déco de ton nouvel appart ! Et ton chat Gribouille, trop mignon ! Tu es venu avec ta copine ?
– Euh… Excuse-moi, je dois dire bonjour aux autres.
– Pas de problème ! A tout à l’heure, Bruce !
La soirée commence plutôt bien.
– Mais qu’est-ce que tu fais ! M’engueule mon frère.
– Tu veux que les gens te prennent pour une psychopathe ? Rajoute mon mari.
– Quoi ! Je m’intéresse aux autres, c’est tout ! Je connais tous leurs profils Facebook par cœur, c’est un atout non négligeable pour amorcer une conversation, non ?

21h35. Notre ami nous propose à boire.
– Vodka ? Rosé ?
– Non merci, plutôt un jus de fruit pour moi. Je suis allergique à l’alcool, tu sais.
– Au fait, si vous voulez que je vous présente aux autres…
– T’inquiète pas. On se débrouille comme des chefs !

22h20. Quelqu’un approche. Ne pas louper le coche.
– Bonsoir ! Enchantée ! Lui ai-je lancé, tout sourire.
– Bonsoir.
– Ça va ?
– Oui.
Merde, j’ai dit “ça va”. Quelle erreur de débutante… C’est trop tard, il est parti.
Finalement je prendrais bien un petit verre de rosé.

22h35. Amorce de discussion, quand j’ai marché sur la robe d’une nana et qu’on a regardé si elle était déchirée (la robe, pas la nana).

23h10. Il est très bon ce champagne ! Et la vodka aussi. Mais finalement un peu fadasse, le rosé.

23h40. Je squatte devant le buffet. Quiconque voudra du cake aux olives devra me parler.
– Pardon, j’aimerais pouvoir me servir, si ça ne te dérange pas de te pousser un peu, me demande un type avec un nez et des cheveux.
– Très bon cake, n’est-ce pas ? Lui ai-je répondu sans me décaler.
– Je ne sais pas, je n’ai pas encore eu l’opportunité d’atteindre le plat…
– Tu sais Hervé – car je sais que tu t’appelles Hervé, vu que j’ai regardé ton profil Facebook -, tout dialogue avec vous étant impossible, je suis obligée d’en arriver à de telles extrémités, mais sache bien que je voulais juste rencontrer des gens et leur parler tout simplement. Je t’aurais demandé par exemple ce que tu penses de la carrière cinématographique d’Harrison Ford ou bien si tu sais ce que deviennent les limaces et les escargots quand il fait chaud. C’est intéressant comme questions, non ? J’avais même préparé une liste de sujets légers, parfaits pour une soirée, mais Hervé j’ai l’impression que tout ça ne t’intéresse pas…
– Euh… Ce n’est pas moi Hervé… Et c’est pas grave pour le cake, je vais prendre des petits fours !

Minuit.
– Tu as plein de plaques rouges sur la peau, la sœur ! Me dit mon frère.
– Oh je sais, encore mon allergie à l’alcool… Pourtant je n’ai bu qu’un verre ou deux de chaque bouteille. Mais d’ailleurs, t’étais où pendant tout ce temps ?
– Je suis sorti fumer une clope et j’ai discuté avec une fille.
– QUOI ? Sans moi ? Mais j’aurais pu te conseiller sur la marche à suivre ! J’espère au moins que tu ne lui as pas demandé “ça va ?”.
– Si, je crois bien que ça m’a échappé.
– Ah, malheur… Que de désillusions, que d’espoirs avortés.
– Mais on a quand même parlé pendant une heure !
– Il faut pourtant se rendre à l’évidence : nous sommes encore et toujours seuls parmi la foule… Dis-moi, toi tu sais ce que deviennent les escargots quand il fait chaud ?

Novembre 2013. Vivre.

Depuis cette nuit du 13 novembre, je ne suis quasiment pas sortie de chez moi. Je pourrais me forcer, m’asseoir à la terrasse d’un café, faire acte de résistance, montrer que la peur ne me paralyse pas. Je ne pense pas être plus lâche qu’un autre, c’est juste que le cœur n’y est plus.

Le cœur n’y est plus. Il est resté quelque part, éparpillé entre les lignes d’un article sur le portrait d’une victime des attentats. Il s’est égaré sur la photo d’un visage, si jeune, qui ne sourira plus. Disséminé dans tous ces témoignages de parents, d’amis, d’époux, d’enfants qui ont perdu quelqu’un et qui devront vivre avec. Ou plutôt sans.

Je voulais moi aussi leur rendre hommage à ma façon. Aux vivants et aux morts, à tous ceux qui pleurent la disparition d’un être cher, à toutes les victimes du terrorisme à Paris, Beyrouth, Bamako et ailleurs, la douleur est partout la même. A nous tous réunis par le même espoir, puissions-nous trouver la paix.

Expliquer les attentats à un enfant

J’ai essayé de parler à ma fille de 5 ans des attentats du 13 novembre à Paris, avec des mots simples et sans me laisser déborder par mes émotions. Mais je ne savais pas si elle avait bien compris ce que je tentais de lui expliquer. Elle ne m’avait pas posé beaucoup de questions et je ne voulais pas insister. On reprendrait sans doute cette discussion plus tard.

Le lendemain elle a fait un dessin et m’a raconté que c’était des méchants qui venaient à Paris pour tuer des gens dans la rue. Une petite fille s’était cachée, elle avait très peur parce qu’elle entendait beaucoup de cris. Alors j’ai pris un feutre, et toutes les deux nous avons rajouté près de la petite fille, des parents pour la protéger. Et nous avons dessiné des policiers et des militaires qui ont emprisonné les méchants. La petite fille était sauvée. Puis nous avons rangé le dessin et nous sommes passées à autre chose.

Je continuerai à rassurer mes enfants, malgré mes propres angoisses. Je mettrai des mots de paix et d’espoir là où pour l’instant je ne ressens que de la peine et de la colère. Je leur apprendrai à ne pas faire d’amalgame entre musulman et islamiste intégriste, et de ne pas condamner une religion entière, sous prétexte qu’elle a été dévoyée par des fanatiques qui ne sont représentatifs que de leurs propres folie, violence et obscurantisme.
J’apprendrai à mes enfants à ne pas avoir peur de l’autre, du voisin qui pratique sa religion tout en partageant nos valeurs de tolérance et de paix.

Et puis je leur dirai de rester libres et de protéger sans cesse cette liberté.

Silence suspect

Il n’y a plus de bruit. Plus aucun bruit à part celui du frigo qui bourdonne. Les enfants se sont tus, c’est louche.
Chaque moment de silence est suspect. Ne plus entendre de cris, de disputes ou de plaintes ne présage rien de bon. Je le dis d’expérience, la dernière fois que j’ai trouvé un moment parfaitement calme, mon fils était en fait en train de racler la cuvette des toilettes pour manger la pastille de gel nettoyant. Les murs, à la rigueur ce n’est pas grave. Quelques dessins par ci, quelques taches par là, ça apporte une touche perso à la déco. Mais manger du Canard WC, franchement quelle idée…
Depuis, à chaque moment anormalement tranquille, je suis comme un cheval avant l’orage, je deviens fébrile.
– TOUT SE PASSE BIEN, LES ENFANTS ? VOUS NE FAITES PAS DE BÊTISES ?
– Non, non. On lit ! Me répond une petite voix, alors qu’ils viennent juste de vider par terre toute mon étagère de BD.
– Ah, c’est très bien, continuez comme ça !
Et je me replonge dans mon cocon silencieux, grappillant au maximum les dernières minutes de calme, avant la tempête.

Vous connaissez cette citation de St-Exupéry ?
“Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction.”
C’est peut-être ça le secret du bonheur et de la longévité dans un couple. Regarder ensemble dans la même direction une série, un match de foot ou un documentaire animalier… Et après, s’aimer tellement plus fort !

Soirée foot