2018_02_10_neigeDire qu’il y a des gens qui payent des fortunes pour aller au ski, alors que pour une somme modique, on trouve des boules à neige très jolies, lumineuses ou à paillettes, avec tous les monuments du monde. Dépaysement garanti !

C’est pas que je n’aime pas la vraie neige, j’aime la neige ! J’ai même un copain finlandais, c’est dire ! Et puis mon premier bonhomme de neige, je m’en rappelle très bien ! Il s’appelait Bob. On avait supplié ma mère de le garder. Ma mère était formidable ou inconsciente , elle avait vidé le frigo pour l’y caser. Mais au bout de 2 mois de repas exclusivement à base de pâtes et de boîtes de conserve, nous avions d’un commun accord laissé fondre Bob dans l’évier.

Je me rappelle aussi de mes premières vacances au ski, myope comme une taupe. Et de cette rencontre soudaine et piquante  avec un conifère. Elle reste gravée dans ma mémoire. Et surtout dans ma peau.

Mais quel plaisir d’observer mes enfants jouer dans le jardin enneigé. Ça me donnerait presque envie de les rejoindre, d’enfiler mes 3 pulls, ma doudoune, mes après-ski, mon écharpe, mon bonnet et mes moufles, et de ressentir cette liberté, uniquement entravée par quelques 30 cm d’épaisseur de vêtements.

Bon allez, je me lance ! Je ne peux pas rester enfermée dans le confort douillet de mon intérieur parfaitement chauffé. Neige, me revoilà ! Oh, mais quel dommage… Elle fond déjà !

J’ai un peu la trouille en voiture. Je suis du genre à adresser une petite prière au saint patron de la sécurité routière avant chaque trajet, ou à m’agripper à la portière quand on roule trop vite – soit dès qu’on dépasse la vitesse d’un bus à l’arrêt -.
Mais je n’ai pas toujours été comme ça.

Peut-être que tout a commencé cette fameuse nuit où un pote m’a raccompagnée d’une soirée. Il s’éclatait bien, moi j’étais beaucoup moins à l’aise. Après m’être fait aborder pour la dixième fois par un type qui me proposait de la drogue, j’ai chopé mon ami :

Écoute Paulo, je sais que tu voulais me faire découvrir la techno et les raves parties dans des endroits bucoliques et improvisés, comme cette forêt lugubre où on se gèle les miches ; je sais que t’avais envie de me changer les idées, de me faire rencontrer des gens sûrement intéressants – à jeun -… Et tout ça partait d’un bon sentiment, c’est sûr. Mais il est 4h du mat, on est à 70km de Paris, je n’ai pas vu de bouche de métro à l’orée du bois, alors est-ce que tu pourrais me raccompagner chez moi, maintenant.

Mon pote a ronchonné. On s’est installé dans la voiture et je me suis endormie comme une masse. En me déposant devant ma porte, Paulo riait bizarrement : “C’était marrant l’autoroute, ça tanguait de partout et les panneaux se dédoublaient ! Et puis c’était quoi ces zèbres devant nous ?”

Il avait pris de l’ecsta, et moi j’étais tellement crevée que je n’avais rien remarqué. Mais depuis cette nuit-là,  je n’ai plus jamais dormi en voiture.

Ensuite il y a eu nos vacances au Liban où nous circulions en corbillard. Le corbillard c’était la Cadillac de mon père. Elle était magnifique, elle en jetait carrément, superbe carrosserie, immense à l’intérieur, toute molletonnée et incroyablement confortable.
Bon, elle n’avait pas de frein. Mais il suffisait de n’emprunter que des routes sans pente ! Risquer sa vie à chaque carrefour, ce n’est pas si grave quand on a la classe…

Ma mère, elle, n’aimait pas trop conduire et ça se sentait. Elle avait une anxiété communicative. Elle me disait toujours : “Passe ton permis pour être indépendante !” Mais à la voir stresser au volant, conduire n’avait pas l’air d’être la chose la plus fun de l’univers.

J’ai passé mon permis, mais comme je n’avais pas de voiture, je n’ai pas conduit pendant 10 ans. Et quand on en a acheté une, c’était trop tard, je m’étais fait rattraper par toutes mes angoisses.

Alors quand mon mari me répète inlassablement : mais pourquoi tu ne conduis pas ?

Je lui réponds : Ben parce qu’il y a eu Paulo et tous ces cinglés qui conduisent n’importe comment, trop vite, trop mal, dangereusement. Tu te rappelles de ce camion qui voulait nous envoyer dans le fossé parce qu’on essayait juste de le doubler ? La route c’est la jungle et moi je ne crois pas avoir assez de réflexes pour y survivre.  J’ai la trouille, voilà. C’est irrationnel. Ça se transmet de génération en génération !

Je pense alors à ma fille. J’ai pas envie qu’elle soit comme moi. Comme ma mère avant moi, je lui dirai plus tard : passe ton permis pour être indépendante ! Et surtout n’aie pas peur !

Je ferai un super modèle, tiens ! Oh et puis c’est bon, il faut que ça change, j’en ai marre d’être toujours à la place du mort, j’en ai marre de m’imaginer le pire et d’être pétrifiée à l’idée d’une catastrophe.

Je suis dans le jardin. J’ouvre la portière de la voiture et pour la première fois  je m’assieds derrière le volant, juste pour me rappeler comment ça marche.
Les enfants sont près de moi. Mon petit bonhomme me dit :
– C’est la voiture de Papa !
– Mais non ce n’est pas la voiture de Papa. C’est la voiture familiale.

La voiture de papa… et puis quoi encore, l’aspirateur de maman peut-être ? On fonce dans le mur des idées préconçues et sexistes, là.

– Mais Maman, tu sais conduire ? Me demande ma fille.
– Oui, je sais. Enfin, j’ai su.
– Super !

Juste pour voir, j’appuie sur la pédale d’accélérateur… ou de frein… ou peut-être est-ce l’embrayage.
– On part en balade, Maman ?
– Bientôt ma chérie, bientôt… il faut juste que je me remette en route.

Cours de conduite